MAIS N'TE PROMENE DONC PAS TOUTE NUE
de Georges Feydeau
Quand une guêpe prend la mouche, la politique est piquée au vif… Certains hommes rêveraient de la mettre à nu, le député Ventroux, lui, n’a de cesse de vouloir rhabiller sa femme, Clarisse, qui, sans manquer de tenue, a une furieuse tendance à l’exhibition. Les bienséances bourgeoises sont mises à mal et la farce conjugale est gratinée…
Le salon du député Ventroux en voit passer de belle… Clarisse fait tomber les convenances pour ne garder qu’une tenue légère malgré les reproches de son mari, qui frôle la crise cardiaque à chaque apparition impudique de l’ingénue. Et plus Ventroux tente de couvrir Clarisse et de sauvegarder les apparences, plus madame la députée en rajoute… ou plutôt en enlève sans se gêner devant son fils ou Victor, le domestique qui en a vu d’autre… Même le maire de Moussillon-les-Indrets, M. Hochepaix, fervent opposant de Ventroux en quête de faveur politique, semble apprécier le spectacle, au grand dam du député dépité. Mais une guêpe va se charger de semer la pagaille en piquant la partie charnue de Clarisse. Madame Ventroux, aux cent coups, réclame à corps et à cris qu’on lui suce la plaie pour la sauver d’une guêpe assassine. Mais les hommes au pied du mur, ou plutôt du postérieur de Clarisse, se défilent… Tous sauf Romain de Jaival, journaliste du Figaro, qui se régale d’avance de faire des gorges chaudes de l’affaire. Un scandale politico-conjugal dont le voisin de Ventroux, Clémenceau, toujours sur le pied de guerre, n’en perd pas une goutte…
Feydeau passe du vaudeville à la farce conjugale dans cette pièce en un acte écrit en 1912, mêlant la satire de couple et la critique politique. Entre quiproquo et faux semblant, une comédie piquante qui met à nu les petites bassesses de chacun…
Michel Rosenmann est né à Paris en 1957. Après des études de Théâtre et de Littérature, il travaille à la mise en scène depuis 1982, tant pour les adultes que pour le jeune public, en France mais aussi en Russie. Il a été l'élève de Jim Henson et de Tadeusz Kantor.
« Ce qui me préoccupait en montant cette pièce était de la montrer pour des spectateurs d’aujourd’hui. C'est-à-dire comment respecter le texte dans son intégralité et son esprit sans que ce soit de la reproduction. Il fallait creuser dans les mécanismes du rire dû aux situations et aux rapports des personnages tout en « contournant » les effets un peu provocateurs que cela pouvait avoir à l’époque en trouvant des équivalences. Si un corps de femme un peu dévoilé comme c’est le cas dans Mais n’te promène donc pas toute nue pouvait avoir un impact émoustillant en 1911, il n’en est pas de même en 2006 ou nos regards sont habitués à de plus amples dévoilements et ou la nudité est devenue plus naturelle. De même les rapports homme/femme ont heureusement évolué et la misogynie du 19e siècle s’est amoindrie.
Les choix se sont donc portés sur un casting qui permettait une ouverture sur notre époque sans se substituer ni se superposer à l’idée d’origine. Ainsi, par exemple, la lecture du passage avec Hochepaix et l’insistante présence dans le texte sur la description du déshabillage de Clarisse et la prédominance du regard m’ont amené à le faire jouer comme un aveugle. J’ai également transformé le domestique, Victor, joué traditionnellement par un vieil homme débonnaire, dans la figure bourgeoise du début du 20eme siècle, en femme, soulevant ainsi une ambiguïté dans ses rapports avec Clarisse. De même, si le jeu des comédiens reste d’une facture classique dans son interprétation, la mise en scène se permet l’utilisation de quelques gags plus proches de la bande dessinée et du cinéma comique que du répertoire traditionnel.
Le spectateur se trouve cependant bien dans l’univers de Feydeau, devant les mésaventures politiques de ce pauvre député à la femme si irrespectueuse des conventions et sous le regard du grand Clemenceau ! »
Michel Rosenmann

Les pièces de Feydeau sont célèbres : qui ne connaît, au moins de nom, la Dame de chez Maxim, le Dindon, Un fil à la patte ou Feu la mère de Madame et une demi-douzaine d’autres pièces qui sont reprises fréquemment en France, en Europe et dans le monde entier ?
Mais par un étrange paradoxe, sa vie, sa personnalité, le déroulement de sa carrière restent inconnus de la plupart de nos contemporains.
Pourtant sa biographie est un véritable roman. Né en 1862, il est le fils d’un curieux personnage, Ernest Feydeau, à la fois écrivain, directeur de journal et agent de change.
Son meilleur roman, Fanny, le fait comparer à Flaubert, l’un de ses meilleurs amis avec Théophile Gautier et les Goncourt. Mais le petit Georges est-il bien le fils de son père légal ? Personne, à l’époque, n’oserait l’affirmer. Car tout Paris sait que sa mère, Lodzia Zelewska, très belle juive polonaise, est la maîtresse du Duc de Morny et son illustre frère utérin, Napoléon III lui-même. Alors comment savoir ?
Georges écrit ses premières pièces dès qu’il sait tenir une plume. Malgré d’assez bons résultats scolaires, il quitte dès la fin de la troisième le Lycée Saint-Louis dont il est pensionnaire, pour se consacrer entièrement au théâtre. Il récite des monologues dans des soirées mondaines où il imite avec succès les acteurs d’alors. Il s’est juré de devenir le plus grand vaudevilliste de son époque. Dès l’âge de dix-neuf ans, en 1882, il fait représenter sa première pièce, Par la fenêtre au casino de Rosendaël, une obscure station balnéaire du nord de la France. Malheureusement, il collectionne les " fours " - à l’exception de Tailleur pour dames - au point qu’il songe à se faire acteur...
Mais à vingt neuf ans, en 1892, c’est enfin le triomphe avec Monsieur chasse. La même année, ce succès est confirmé par la réussite de Champignol malgré lui et du Système Ribadier. Les œuvres de Feydeau, désormais célèbre, sont traduites en une dizaine de langues et jouées dans toute l’Europe. Dans les années qui suivent, ce sont Un fil à la patte, l’Hôtel du libre échange, le Dindon et surtout la Dame de chez Maxim (1899) qui pour les provinciaux et les étrangers est, avec la Tour Eiffel, la principale attraction de Paris. Au cours des premières années du siècle, Feydeau continue à écrire des vaudevilles, pièces où le comique de situation, avec ses quiproquos et ses rencontres intempestives joue le rôle essentiel.
Cependant, tout va changer en 1908 : marié depuis une vingtaine d’années à la fille de Carolus-Duran, célèbre peintre du Tout-Paris, il ne s’entend plus maintenant avec elle. Il conçoit alors l’idée de s’inspirer de sa propre expérience pour écrire des Farces conjugales où il peindra avec une implacable férocité burlesque les dissensions des couples. Il inaugure brillamment ce nouveau type de pièce avec Feu la mère de Madame, bientôt suivi d’On purge bébé, de Mais n’te promène donc pas toute nue, etc, toute une série d’œuvre à laquelle il donne un titre suggestif : Du mariage au divorce... Sa mésentente avec sa femme avait conduit Feydeau à quitter l’appartement conjugal pour se réfugier dès 1909 à l’hôtel Terminus Saint-Lazare (actuellement Concorde-Saint-Lazare). Aux alentours de 1914, l’auteur, vieillissant, voit se tarir son inspiration: son talent est toujours aussi grand mais il n’a plus la foi théâtrale. Ecrire l’ennuie. Il se drogue pour se stimuler : c’est peine perdue. Mais le destin va se charger - cruellement - de résoudre ses problèmes. Feydeau contracte une syphilis nerveuse qui, en 1919, provoque chez lui des troubles psychiques graves; il se laisse pousser la barbe de manière à évoquer Napoléon III - son véritable père, sans doute. Il se promène ainsi sur les boulevards. La ressemblance est hallucinante. Les passants, stupéfaits, se retournent. A ses amis il propose des portefeuilles ministériels et les invite à son couronnement. Ses enfants doivent le faire interner dans une maison de santé de Rueil-Malmaison. Il y bavarde avec le président Deschanel dont les ennuis ferroviaires sont célèbres. Dans ses moments de lucidité, il aime plaisanter : il dit à ses visiteurs : " On se moque de moi parce que je me prends pour Napoléon III. Mais regardez mon voisin de la chambre 7, il se prend bien pour le président de la République... ".
Il connaîtra en 1921 la même fin navrante que Maupassant, en proie à un mal identique.
Mais quel homme Feydeau était-il au juste ? Tous ses contemporains ont noté sa beauté, sa suprême distinction, son aisance. Le Larousse de l’époque avait même choisi son visage pour illustrer les divers types de moustache alors à la mode. Malheureusement Feydeau confirmait la remarque bien connue selon laquelle les comiques sont souvent enclins à la tristesse : il ne riait jamais au théâtre, rarement dans sa vie privée et pas du tout quand il écrivait. Comme si la somme de gaîté qu’il avait si généralement dispensée au public était définitivement perdue pour lui-même.
Au fond, cet homme s’ennuyait : " La vie est courte mais on s’ennuie tout de même " soupirait-il. Trop tôt comblé par les femmes, il avait vite cessé de s’intéresser à elles. En revanche, il se passionnait pour le jeu et les émotions qu’il procure. Il n’était guère de cercle mondain ou de tripot mal famé dont il n’ait été le client assidu. La vie de café et le spectacle sans cesse renouvelé qu’elle offre l’attiraient aussi, et on pouvait l’apercevoir chaque fin d’après-midi à la terrasse du Napolitain, sur les boulevards. Ensuite il se rendait à quelque spectacle avant de souper avec des amis chez Maxim’s où il avait sa table réservée. Il errait ensuite de bar en brasserie jusqu’à l’aube avec quelques noctambules de son espèce.
Pour conjurer son mal de vivre, Feydeau disposait d’un dernier moyen : les revenus énormes qu’il tirait de ses succès dramatiques lui permettaient de collectionner les tableaux des plus grands maîtres de l’époque : malheureusement son goût pour le jeu le contraignit à en vendre une bonne partie à l’Hôtel Drouot : environ deux cents toiles de Sisley, Monet, Renoir, Pissaro, Boudin... De quoi remplir tout un musée...
On ne saurait terminer sans citer quelques uns des innombrables traits d’esprit dont Feydeau régalait ses interlocuteurs : D’une jeune actrice dont on admirait la bouche admirablement " meublée ", il disait à voix basse : " Ne le répétez pas... mais je crois qu’elle n’est pas dans ses meubles ". D’une autre, dont on prétendait qu’elle " respirait la vertu ", il affirmait, sceptique : " Oui, mais elle s’essouffle vite! ". Un directeur de théâtre, Samuel, qui passait pour quelque peu négligé de sa personne, venait de renflouer sa situation grâce à une pièce qui battait tous les records de recettes. Feydeau le rencontre et lui dit : " Te voilà content, tu vas pouvoir soigner un peu ta toilette, maintenant!
- Moi, mais mon cher, Je prends un bain tous les matins.
- Eh bien tu vas pouvoir changer l’eau! ".
La baronne X... passait pour tromper outrageusement son époux. Son fils, un insupportable gamin, se blottissait souvent sur les genoux de sa mère pour échapper aux remontrances paternelles. Le père, furieux, grommelle : " Quel enfant! toujours fourré dans les jupes de la baronne!
- Hé, hé! murmure Feydeau; il s’y fera de belles relations! "
Henry Gidel
Le Metteur en scène
Michel Rosenmann est né à Paris en 1957. Après des études de Théâtre et de Littérature, il travaille à la mise en scène depuis 1982, tant pour les adultes que pour le jeune public, en France mais aussi en Russie. Il a été l'élève de Jim Henson et de Tadeusz Kantor.
La Scénographe
Marguerite Danguy des Déserts, « Plasticienne en scène », pratique la performance, notamment au Marché-foire du Théâtre de l’Odéon (Vertus croquées », « livres pour Autodafé », « Baisers à vendre ») ; elle crée aussi des spectacles visuels comme le « Pèlerinage en Terre Feinte » et un solo « Strip-tease ».
Après des études aux Beaux-Arts de Rennes et à l’école de la rue Blanche à Paris, elle collabore en tant que scénographe avec Stéphanie Tesson et signe les scénographies des spectacles de Véronique Widock au Théâtre Paris-Villette. Elle assiste Rudy Sabounghi au Festival D’Avignon « in », Calzolari à la Ferme du Buisson et Goury à la Comédie Française. En 2001, elle fonde la compagnie « la D.D.D.Cie » et collabore avec le musicien Patrick Briand.
Mais n'te promène donc pas toute nue est sa cinquième collaboration avec Michel Rosenmann.
LaCréatrice lumière
Créatrice lumière de Jean-Claude Penchenat pendant six ans au Théâtre du Campagnol, Véronique Hemberger a travaillé depuis pour le T.G.P. de Gennevilliers, la Ferme du Buisson et le Théâtre Jean Vilar de Vitry. Elle a signé les lumières des spectacles de Michel Rosenmann, Agnès Renaud pour la Compagnie de l’Arcade, du Ballet Jazz Art, de Sylvie Bloch avec la Cie Pointure 23. Depuis treize ans, elle accueille tous les étés des compagnies au Festival In d’Avignon
XZART : La compagnie
Créée en 2003, elle est dirigée par Michel Rosenmann.
XZART reprend de façon plus radicalement contemporaine son travail en direction du public adulte. Après Description d’un combat de F. Kafka, le Moine de MG Lewis, Karagoz ou la Tragédie humaine , La célébration des invisibles (en collaboration avec les Percussions de Strasbourg), Kachtanka d’A. Tchekhov, spectacles créés en France ainsi que Pinocchio de Collodi suivi de Don Juan de Tirso de Molina, mis en scène en Russie, Michel Rosenmann crée 10 jours ensemble de JL Bauer, pour le festival « objet et comédie » sous la direction artistique de François Lazarro, bientôt suivi par Labiche remix: les timides (réécriture de J-L Bauer).
XZART s’ouvre à de nouvelles rencontres et collaborations.